20 Nov
2012

Le Tourisme, affaire d’état ou business privé?

En 2011, le tourisme a contribué au PIB mondial à hauteur de 9% ($6,000 milliards) et comptait pour 255 millions d’emplois dans le monde.  Mieux, le World Travel and Tourism Council estime que d’ici 2022, 1 emploi sur 10 sera lié au tourisme.

Selon Wikipédia, le tourisme englobe l’ensemble des activités économiques et sociales auxquelles une personne peut faire appel lors d’un déplacement dans un lieu autre que  sa résidence habituelle.

Lors des débats préliminaires pour les élections d’un pays africain, un des candidats, interrogé sur sa politique pour le tourisme avait dit, serein comme un archevêque:

“Le tourisme ce n’est pas vraiment important. Ce sont des gens qui vont et qui viennent..”

Au delà du choc instantané produit par cette énormité, il est de notre responsabilité de se demander si le tourisme est vraiment géré au niveau qui lui sied. La politique touristique d’un pays doit-elle être du ressort du gouvernement ou alors ce sont les acteurs privés, un peu plus conscients des enjeux, qui doivent être en charge?

Maputo (Crédit: RhinoAfrica)

Le tourisme est une activité relativement récente qui s’est developpée vers la fin du XIXe siècle. Avant cette période de bouleversement, les longs voyages étaient l’apanage de personnes fortunées ou des scientifiques et autres intellectuels avides de savoir et de découverte. Avec l’engouement suscité par les guides de voyages relatant l’exotisme des indes orientales, les populations européennes se sont passionnées pour les colonies. Le développement des routes maritimes et la construction d’hôtels luxueux ont permis l’essor de cette nouvelle activité dont bénéficient les gouvernements des colonies.

Aujourd’hui, le tourisme constitue une source pourvoyeuse de devises étrangères et tous les pays s’evertuent à attirer chaque année, un nombre sans cesse croissant de touristes. En analysant la répartition des devises glanées par les meilleurs destinations touristiques dans le monde, on se rend compte que 3/4 des dépenses touristiques sont pour des activités de loisirs, le reste étant consacré aux affaires.  Pourtant, le tourisme va plus loin que ce diptyque Loisirs-Affaires. Il est très diversifié et son impact est beaucoup plus important que le simple ballet de “ces gens qui vont et qui viennent”

Tourisme d’affaires

Les foires, conventions, salons et seminaires sont de véritables aimants pour les gens d’affaires, désireux d’établir de nouveaux contacts mais aussi de se frotter aux confrères et autorités de leur industrie afin d’être à jour au niveau des standards, des bonnes pratiques, etc. Une ville comme Las Vegas attire chaque année près de 4.5 millions de participants à des conventions. Un record de 6.2 millions a même été atteint en 2006. Pas mal pour une ville de 583 000 habitants! En Afrique, Abidjan la capitale ivoirienne s’est autoproclamée capitale des salons, foires et festivals. Le spectre de ces événements est très large: Salon International du Livre, Salon Agropastoral, Salon des Medias, Salon de l’Artisanat, Salon du Bien-Etre, Festival des Grillades, Salon de Valorisation de La Femme Ronde, etc.. Tout y passe mais par manque de chiffres, il est difficile de mesurer l’impact économique et l’attractivité de ces initiatives privées encore trop éparses et non accompagnées.

Tourisme écologique

Plus connu sous le vocable écotourisme ou tourisme vert, cette forme de tourisme vise la découverte des espaces naturels et à l’observation de certaines espèces animales. Ayant émergés il y a à peine 30 ans, les écotouristes aident souvent à la restauration des lieux qu’ils visitent. Ce double bénéfice a donné naissance à la notion d’écoresponsabilité. Les américains sont les champions de l’écotourisme avec près de 5 millions de visiteurs chaque année. Au Gabon, pays disposant d’une biodiversité extraordinaire (22 millions d’hectares de forêt), le président Ali Bongo Odimba en a fait l’un des axes de son programme, prévoyant qu’un seuil de 50,000 touristes par an générerait 80 milliards de FCFA pour l’économie gabonaise.

Tourisme médical

Le tourisme médical est en plein essor et les pays émergents se font les champions de cette pratique qui attire chaque année, près de 3 millions de visiteurs, venus des pays riches. Dans ce domaine, la Tunisie est l’une destination qui a su tirer son épingle du jeu.  Le positionnement de la Tunisie en tant que destination de choix est le fruit d’une initiative des acteurs du privé. Avec d’excellents médecins et des soins de qualité, le pays offre des conditions optimales et ce, pour une fraction des tarifs pratiqués en Europe. La star de la médecine tunisienne est bien la chirurgie plastique et certaines agences de voyage présentes sur le web offrent même des forfaits médico-balnéaires. Une première dans le monde!

Tourisme Sportif

A l’évocation de tourisme sportif, on pense tout de suite aux grands événements mondiaux tels que la Coupe du Monde de Football, l’Euro ou la Coupe d’Afrique des Nations, gérés par la toute puissante FIFA et dont les contrats se passent aux niveaux des multinationales et des états. Il n’en est rien. Certes l’apport est grand aux niveaux des infrastructures économiques, des transports et des réceptifs hôteliers mais l’impact est aussi local et microéconomique. En 2012 en Afrique du Sud, la Coupe du Monde a permis la création de 130,000 emplois. La cible de 450,000 touristes a été largement atteinte (1 million de visiteurs) et ceux-ci ont généré en un mois, $3,1 milliards pour l’économie sud-africaine.

A Montréal, le grand prix de Formule 1 est le plus gros événement touristique du Canada. Il attire des milliers de touristes nord-américains et en l’espace d’un week-end, ce n’est pas moins de $90 millions qui sont générés pour l’économie de la ville. L’événement est éclaté dans tout le centre-ville: Une véritable aubaine pour les restaurateurs et les hôtels qui affichent tous complets. Le privé a donc la part belle dans cette manne annuelle car les gouvernements (provincial et fédéral) ne touchent que.. $17.8 millions en taxes.

Il y a là matière à réfléchir pour les PME et acteurs du tourisme qui laissent trop souvent à l’État le monopole de la décision et de l’organisation d’un secteur qui pourtant leur bénéficie en premier.

1 Commentaire

  • Dans le cas de la CI, l’Etat a un role préalable à jouer pour permettre aux acteurs du secteur privé de mieux s’impliquer. Les choses se sont ameliorées depuis peu au niveau de la salubrité, mais sans une véritable action d’envergure convenons que c’est incongru d’attirer des gens dans un environnement sale, désordonné, dangereux etc… Non seulement cela, il faut pouvoir assurer un certain confort de vie aux populations locales avant de chercher à mieux attirer les touristes. Il faut soi-meme se donner de la valeur pour qu’ensuite les autres nous en donnent.

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